Y a-t-il un autre sport où le joueur est à la fois acteur du jeu et son propre arbitre ? Par quelle perversité peut-on à la fois se déchirer pour gagner et s’infliger une pénalité dont on est seul témoin et seul juge ? Comment se peut-il qu’on doive aider son adversaire dans les moments les plus critiques (par exemple en cherchant sa balle) ?
Le fair play, les congratulations et le pot après le match, on trouve cela dans tous les sports ; la critique de l’arbitrage, du public ou de la météo, les fanfaronnades ou la castagne, les « si » et les « demain », aussi.
Le joueur de golf ne triche pas. Cette règle a été maintes fois confirmée par l’observation de quelques exceptions. Le joueur professionnel serait radié à vie ; le joueur soupçonné de tricherie est constamment surveillé à son insu. Tricher, c’est modifier indûment une situation en vue de s’avantager : le reste, ce sont des maladresses ou des erreurs…
La tricherie la plus répandue consiste à améliorer la position de sa balle. C’est en plus une grave erreur : bouger la balle de quelques millimètres ne changera rien au coup ; par contre, cela vous mettra inconsciemment dans un état de culpabilisation que vous paierez cent fois dans la suite de la partie.
Les erreurs de comptage des points sont les plus fréquentes. Elles se rectifient aisément, avant le départ du trou suivant, bien sûr. Les joueurs qui ne savent plus compter auront l’élégance de ne pas s’inscrire en compétition, et ne pas risquer ainsi une disqualification, perçue à tort comme infamante.
Les maladresses ne sont pas l’apanage des seniors : poser son club dans le bunker, écarter la végétation avec le club en cherchant sa balle dans un obstacle, déplacer la balle avec la pointe du club sans la marquer puisque « aujourd’hui on place la balle », et mille autres faites sans malice (?) seront aisément réparées en appliquant la pénalité tarifée.
Le marqueur a la responsabilité de la marque, et donc de l’application des pénalités au joueur marqué qui, bien évidemment, indiquera lui-même au marqueur les pénalités encourues. C’est cela l’esprit du golf.
Ne pas le faire, et quelles qu’en soient les motivations (indulgence, lassitude, ignorance…), c’est être complice de la tricherie, et risquer les mêmes sanctions.
Bon, me direz-vous, « un point de plus ou de moins, quand on joue 114… ». Et bien, venez assister à une remise des Prix, et vous verrez alors que « pour un point », celui qui reçoit sa 17° casquette, alors qu’il aurait pu avoir son 5° parapluie est aussi frustré que Wood devant l’eagle de Yang.
Dans l’univers enfantin du jeu, nous avons été des « gendarmes » et des « voleurs » appliqués, motivés, inventifs, chacun jouant notre rôle à fond : le voleur devait voler, et le gendarme, gendarmer et l’action de l’un n’avait de sens que par rapport à la réaction de l’autre.
Dans l’univers du golf, on joue d’abord contre soi, donc, on s’arbitre soi-même, dans le respect des adversaires, du terrain et des règles.
Et, sauf maladie grave, on ne voit pas bien quelle serait la motivation pour se manquer de respect à soi-même ?
Bernard HENRAS
« cela vous mettra inconsciemment dans un état de culpabilisation que vous paierez cent fois dans la suite de la partie. »
Seulement chez le tricheur débutant
La tricherie amène une note de réalisme et d'hérésie dans ces joutes codifiées rappelant que la vraie vie, elle, se joue par delà les cadres sécurisants et normateurs.
Évitons toute « dogmatisation » rigide autour des règles et de leur application.
Le plaisir du jeu, là est l'essentiel à mon sens.